3 -  Urac : une histoire ancienne 
                                       


            Urac – La motte féodale

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Les mottes féodales, ancêtres des châteaux forts, se multiplient vers l’an mille. Elles
sont très nombreuses dans la vallée de l’Adour. Ces buttes de terre à caractère défensif
sont, en plaine, le plus souvent entourées de fossés. La butte offrait un point surélevé
pour surveiller les alentours et parfois un refuge immédiat.
Selon la région la motte porte différents noms (turon, tuco, puyo, pouey…), qui sont à
l’origine d’autant de noms de famille.


Ces petites collines artificielles avaient des proportions et des formes très variables,
parfois accompagnées d’une basse-cour (dessin ci-dessus).
Autour de la motte d’Urac aucune trace de basse-cour n’a été trouvée (peutêtre
à cause du terrain marécageux). Elle était de dimensions moyennes. Il faut
l’imaginer portant une tour de guet en bois, entourée de fossés où court l’eau
détournée de l’Echez, bien sûr sans les arbres visibles sur la photo prise en
1968, mais garnie d’une couronne de palissades de bois massifs.

Les apprentis archéologues

Au cours de l’année 1963, trois jeunes garçons entreprirent de faire des « fouilles
»
sur le sommet du monument. Sans directive et sans méthode, ils recueillirent

cependant avec soin le moindre objet qu’ils rencontrèrent.
En 1967 un grand lotissement (Lalette) fut mis en oeuvre, et l’on trouva commode
de combler le marais avec la masse de terre qui formait la motte : ce qui
fut fait en septembre 1968.
                                    Extrait de Le mobilier métallique de la motte d’Urac, Roland Coquerel
                                    Archéologie du midi médiéval, tome III 1985

Avant sa destruction, Roland Coquerel a pu examiner la motte, sans continuer
les fouilles :
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Les jeunes chercheurs n’avaient fouillé qu’un petit volume de terre de la motte
(2m3), mais la récolte a été riche.
Ces objets médiévaux se sont enfoncés dans la terre de la motte bien après sa
construction :
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    1. Clé de porte en fer (Xe à XIIIe siècle) (après un gros travail de restauration
guidé par radiographie)

    2. Clou à tête en forme de cheville de violon

    3. Ardillon de boucle de collier de chien en cuivre doré. (2ème moitié du XIIIe
siècle)

    4. Vervelle (médaille) pour collier de chien, aux armes d’Aragon ou de Foix.
Cuivre émaillé et doré. (2me moitié du XIIIe siècle)

    5. Terminaison de lanière anciennement émaillée à décor d’aigle et de deux
groupes de personnages (chevaliers ?) face à face portant un écu. (2ème
moitié du XIIIe siècle)



Outre le mobilier médiéval, on a trouvé quelques objets d’époque galloromaine,
par exemple un petit bloc de ciment rose sur lequel adhèrent des tesselles
blanches de mosaïque. Ces preuves d’une occupation antérieure des
lieux ont été à l’origine de la découverte de la villa antique.
On trouva également une fusaïole en terre cuite, rencontrée fréquemment sur
des sites d’époque gallo-romaine. Elles servaient de poids dans le filage de la
laine, entraînant le mouvement de rotation.
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                                            Photo G.Doly www.museedestempsbarbares.fr


Ces rigoles ont également été découvertes près de la motte, mais les photos
sont restées sans indication de datation ni d’utilisation probable.
Photos R.Coquerel


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Quel genre de villa était-ce ?
Une villa gallo-romaine n'est pas ce que nous appelons une "villa" à notre époque.
Elle est le centre d'un domaine rural important. Le suffixe -ac désigne un
domaine (ex. : Bastillac, Cognac…), ici domaine d’Urus « boeuf sauvage ». Elle
est, en principe, une grosse exploitation agricole au milieu de ses terres, isolée
dans la campagne.

La villa obéit déjà à des règles architecturales de symétrie et surtout introduit la
maçonnerie, tout au moins pour les fondations ; ce qui est tout à fait nouveau en
Gaule. La pars rustica d'une villa romaine était consacrée aux travaux agricoles,
par contraste avec la pars urbana qui était destinée à accueillir le propriétaire et
pouvait être somptueusement aménagée (fresques, mosaïques, vitres, etc.).
En préparant le terrain en face du château pour le futur lotissement, une pelle
mécanique heurte un obstacle inhabituel. Le conducteur prévient son patron,
un archéologue averti, qui constate :
« … dans le lotissement de Lalette, une strate d’occupation gallo-romaine que
j’ai pu observer sous 1 mètre de dépôts alluvionnaires laissés par l’Echez en
2000 ans. Ce niveau archéologique se situe à la base des fondations d’une maison
construite dans les années 1970 implantée à l’est et sensiblement à milongueur
de la grande voie centrale du lotissement. Ces vestiges marquent certainement
la zone d’extension de la “pars rustica” de la villa antique. »
(Sylvain Doussau)

Pourquoi une villa à Urac ?

Entre autre, elle se trouvait à l’emplacement d’un très ancien carrefour
nord/sud et est/ouest, sur une plaine fertile, à côté d’une rivière très poissonneuse
où l’on pouvait sans doute traverser facilement à gué.
Tarbes était déjà un lieu de marché et d’échange de produits lointains, et le
centre urbain de Saint-Lézer était à quelques kilomètres au nord.

A-t-on tout découvert ?
Certainement pas ! Les textes mentionnent Urac dès 1180, mais le sol a sûrement
des secrets à dévoiler encore. Roland Coquerel aurait voulu entreprendre
des recherches plus complètes, rendues plus délicates par les constructions et
aménagements. Il était même question à une époque d’y créer une école de
fouilles archéologiques.

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